Repères de linguistique et de méthode
Quand un nom semble annoncer un métier.
Les aptonymes prêtent à sourire. Pour mériter une place dans une collection documentée, ils doivent aussi résister à quelques questions simples.
1. Qu’est-ce qu’un aptonyme ?
Un aptonyme est le nom d’une personne qui évoque, de manière frappante, son activité ou certaines de ses caractéristiques. Un nom ne prédit rien : c’est le rapprochement linguistique qui nous intéresse.
Le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française fournit une définition terminologique de référence.
2. Le nom de famille vient-il d’un métier ?
Bien des patronymes sont d’anciens noms de métiers. Cela ne suffit pas à constituer un aptonyme : il faut encore établir que la personne nommée a effectivement pratiqué l’activité en question.
En patois romand, fâvro désignait le forgeron, origine du patronyme Favre. Chapuis ou Chappuis renvoie au charpentier, tandis que l’allemand Schneider signifie tailleur. Ces explications sont données dans les études onomastiques, mais ne démontrent pas l’histoire généalogique de chaque famille particulière.
Sources : Charles Montandon, Favre ; Pierre Henry, Quelques noms de famille et noms de lieux jurassiens ; Montandon, Schneider.
3. Qu’est-ce qui est vraiment vérifié ?
Nous distinguons trois affirmations : l’identité de la personne, sa profession ou son activité et le sens du nom. Lorsque ces trois éléments sont documentés, le rapprochement peut être proposé ; lorsqu’un seul demeure incertain, la fiche porte une réserve claire.
« Attesté » signifie que la personne et l’activité sont étayées et que le rapprochement de vocabulaire est défendable. Cela ne signifie jamais que le nom aurait provoqué la carrière. « À nuancer » désigne un rapprochement plus indirect, un calembour entre langues, un nom acquis par mariage ou un emploi figuré.
4. Quand le nom trompe : François Meunier
À Carouge, le cas de François Meunier (1828–1896) rappelle pourquoi nous vérifions toujours l’activité. Selon la notice officielle de la rue François-Meunier, cet homme né sous le nom de François Mugnier adopta le nom « Meunier » après son départ pour la Nouvelle-Orléans. Il travailla comme cocher, puis ouvrit une épicerie.
« Meunier » pourrait faire penser à un moulin, mais cette source ne lui attribue pas ce métier. Nous n’en faisons donc pas un aptonyme. Ce contre-exemple documenté n’entre pas dans le décompte de la collection.
Un nom ne suffit pas
Le nom suggère un métier ; les archives racontent parfois une tout autre histoire.
5. Ce que nous laissons de côté
Les homonymes sans rapport démontrable, les professions supposées d’après un nom, les étymologies imaginées et les personnes dont nous ne pouvons pas contrôler l’identité n’entrent pas dans la collection publiée. Ils peuvent faire l’objet d’une recherche, pas d’une fiche affirmative.
Cette démarche donne priorité à la qualité des références, y compris lorsque la collection s’enrichit lentement.
6. Un nom de métier ou un nom d’enseigne ?
La cordonnerie parisienne Norbert Bottier pourrait sembler fournir un aptonyme idéal. Pourtant, le site de l’atelier précise que le fondateur s’appelait Norbert Alali. « Norbert Bottier » est ici un nom commercial, pas un patronyme familial attesté : nous ne l’inscrivons donc pas dans la collection.